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Avoir 18 ans... quand on est mineur non accompagné
À Dijon, des jeunes mineurs non accompagnés ont pris la plume, le micro et la pose. Pendant plusieurs mois, ateliers d'écriture, podcasts et séances photo leur ont offert un espace pour raconter leur parcours, leurs doutes et leurs rêves. Le fruit de ce travail : une exposition à découvrir cet été à Dijon.
« Avoir 18 ans, c'est un cap important quand on est adolescent. C'est aussi une sacrée responsabilité. Surtout quand on vient d'arriver ! » Pour les jeunes du foyer Archipel de la Maison d'enfants Sainte-Adélaïde de Bourgogne, la majorité n'est pas une simple étape : c'est un cap décisif, entre incertitudes administratives et espoirs d'avenir. Pour leur donner la parole, Apprentis d'Auteuil et la compagnie de théâtre dijonnaise en attendant... ont initié, avec le soutien de la Fondation Foujita, un projet artistique d'ampleur : ateliers d'écriture, enregistrements de podcast, séances photo et sorties au théâtre. Une aventure collective qui a abouti à une exposition, « Avoir 18 ans... », qui tournera dans plusieurs lieux de Dijon.
Un projet artistique pour libérer la parole
Pendant plusieurs mois, les jeunes du foyer Archipel ont été accompagnés par toute une équipe d'artistes. L'auteur Denis Lachaud (Actes Sud) a animé des ateliers d'écriture autour de thématiques fortes, comme la « Lettre à la France » ou « J'ai 18 ans... j'ai 20 ans... j'ai 25 ans... ». Le comédien Sylvain Pottiez a ensuite prêté sa voix et son écoute pour enregistrer ces textes en podcast, où les jeunes échangent aussi librement sur des sujets qui les touchent, comme le racisme. Le photographe Vincent Arbelet les a portraiturés dans leur lieu de vie et lors de balades dans Dijon. Enfin, des sorties au théâtre, accompagnées par Jean-Philippe Naas, metteur en scène et directeur de la compagnie en attendant..., sont venues compléter le parcours.
"À travers ce projet, il s’agit de leur offrir un cadre pour s’exprimer librement, être écoutés, reconnus et valorisés dans ce qu’ils sont et dans ce qu’ils ont à transmettre." nous explique Johanna Sfeir-Thomazo, directrice adjointe de la Maison d'enfants.
« France, moi je t'aime » : des paroles fortes, entre espoirs et incertitudes
Dans les ateliers d'écriture comme sur les enregistrements du podcast, les jeunes ont exploré sans détour ce que signifie grandir loin de sa famille, dans un pays qui n'est pas encore tout à fait le sien. Certains textes prennent la forme d'une lettre adressée directement à la France :
« Ma chère France, je veux tout d'abord te dire merci pour tout. […] Je t'aime bien, France, parce que tu m'as appris beaucoup de choses. […] France, moi je t'aime, je veux que tu m'aimes comme je t'aime. »
D'autres racontent, avec une lucidité touchante, l'angoisse de l'échéance des 18 ans et la peur de devoir se débrouiller seul :
« J'ai 18 ans, c'est la fin de ma prise en charge. J'ai peur de l'inconnu. Je dois apprendre à vivre seule. »
« C'est difficile pour moi, je me sens différente des autres jeunes. […] Même si j'ai des supers notes et que tout se passe bien au foyer, je ne sais pas ce que la préfecture pourra décider pour mes papiers. […] Ici, au foyer, j'ai retrouvé une famille, mais je sais qu'un jour je devrai me débrouiller seule, et j'ai peur de la solitude. »
Mais au fil des textes, l'espoir reprend souvent le dessus, porté par une capacité à se projeter et à rêver grand : « J'ai 25 ans, j'ai mon master, je deviens avocate pour défendre les gens. ».
Le podcast a aussi été l'occasion d'aborder des sujets plus douloureux, comme une expérience de racisme vécue dans le métro parisien, ou au contraire de rendre hommage aux éducateurs qui les accompagnent au quotidien : « Cette personne m'a écouté, m'a cru, m'a accompagné, m'a tendu la main. […] Car protéger un enfant des dangers du monde, c'est lui offrir un avenir. »
Bravo à Salimatou, Méria, Mohamed, Sidiki, Mamadou, Foussenou, Mohamed, Fifi, Alexis, Sarah, Florence, Souleymane, Mory, Maria Clara, Moussa, Adama, Cynthia, Sheku, Fousseni et Youssouf pour ce travail introspectif touchant.