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[Portrait] Pierre-Jean, éducateur spécialisé et engagé au service des jeunes exilés
Juriste de formation, éducateur spécialisé par conviction, voyageur par nature, il accompagne depuis plusieurs années des mineurs non accompagnés au sein de la Fondation Apprentis d’Auteuil. Son parcours, marqué par l’engagement associatif, la foi et l’expérience interculturelle, dessine une même ligne de fond : défendre les droits des plus vulnérables et leur permettre de trouver leur place dans la société.
La foi comme moteur, le monde comme terrain d’apprentissage
Originaire de Douai (Nord), rien ne destinait a priori ce jeune étudiant en droit à consacrer sa vie professionnelle à l’accompagnement des mineurs non accompagnés. Et pourtant, dès ses 17 ans, il crée avec des amis une association tournée vers l’intégration des étudiants étrangers et la solidarité internationale.
Pendant plusieurs années, il s’engage auprès d’orphelinats et d’enfants vivant dans la rue, tout en poursuivant ses études. Peu à peu, une conviction s’ancre : son avenir professionnel devra avoir du sens, être au service des autres, et en particulier des plus fragiles.
Sa foi joue très tôt un rôle structurant dans son parcours. Elle l’amène à rejoindre la congrégation salésienne de Don Bosco, dont le projet éducatif centré sur les jeunes en difficulté fait profondément écho à ses valeurs. Cette expérience lui ouvre de nombreux horizons :
À Istanbul, lors d’un Erasmus, il apprend le turc, fréquente une paroisse locale et découvre de l’intérieur ce que signifie être étudiant étranger.
En Andalousie, il devient médiateur interculturel auprès de mineurs non accompagnés.
Chaque étape renforce son intuition : le droit, sans l’humain, est insuffisant ; l’humain, sans le droit, est fragile.
Sécuriser les droits pour sécuriser les vies
Après un master en droit des étrangers et migrations, il rejoint la Fondation Apprentis d’Auteuil comme stagiaire juriste accompagnateur auprès de MNA. Il y rédige notamment un guide d’accompagnement juridico-éducatif destiné aux professionnels. Il valide ensuite son DEES par la VAE, et devient éducateur spécialisé référent juridique — une fonction hybride, rare, mais précieuse pour sécuriser les parcours administratifs souvent complexes des jeunes accompagnés.
Aujourd’hui, au sein de la MECS TATIOS, dans le Pas-de-Calais, il accompagne des jeunes dans toutes leurs démarches : reconstitution d’état civil, demandes d’asile, titres de séjour, recours contre les OQTF, lien avec les avocats et les consulats :
« Chaque journée commence par des transmissions avec l’équipe : juridique, administratif, éducatif. Il faut comprendre le jeune dans sa globalité. »
Il crée également des outils pédagogiques pour ses collègues, anime des ateliers d’éducation à la citoyenneté et organise des sorties pour favoriser l’ouverture culturelle.
Une vocation au service de chaque parcours
Pour lui, accompagner des jeunes, c’est bien plus qu’un métier : c’est une véritable aventure humaine, en totale cohérence avec ce en quoi il croit. Grand amateur de voyage, il établit naturellement un parallèle entre sa passion et son engagement professionnel :
« Je suis passionné de voyage, mais chaque jeune est un voyage en lui-même. On ne s’ennuie jamais, chaque jour est différent. ».
📽️ Son film préféré, 14 kilomètres, fait echo à cela puisqu'il retrace le périple de migrants entre l’Afrique et l’Europe. L’histoire de ces hommes et de ces femmes confrontés à des frontières, visibles et invisibles, résonne profondément avec son quotidien auprès de jeunes en exil, eux aussi en chemin vers une reconstruction et une place à trouver dans la société.
Cette reconstruction passe aussi par le rapport avec l'adulte : « Ce qui leur manque le plus, c’est de l’attention et une écoute sérieuse de la part des adultes en qui ils ont souvent perdu confiance lors de leur parcours migratoire. Il faut que l'on s’arrête pour discuter vraiment, créer du vrai lien et être authentique. »
Ce qui le marque le plus, ce sont ces nouvelles reçues parfois des années plus tard, comme des cartes postales inattendues d’un chemin parcouru : « Quand un jeune me dit qu’il s’est marié, qu’il a acheté une voiture, qu’il travaille… Là, on se dit que ça valait le coup. »
Le mot de la fin à l'occasion des 160 ans de la fondation...
« Apprentis d’Auteuil, c’est une fondation qui porte des valeurs très proches de celles de Don Bosco. Je m’y sens dans une famille professionnelle. On s’inscrit dans un héritage qu’on fait vivre aujourd’hui, et ça donne beaucoup de sens à mon engagement. »